En 2006, les poussières fines faisaient les gros titres. À l’époque, quatre personnes sur dix étaient exposées sur leur lieu de vie à une exposition parfois excessive à ces polluants, dont certains ont des effets cancérigènes. En février 2006, les concentrations atteignaient des pics dépassant largement les valeurs limites. C’est le canton de Zoug qui, le premier, a décidé de limiter la vitesse sur les autoroutes à 80 km/h, pendant quelques jours. D’autres cantons ont ensuite emboîté le pas. En juin de la même année, le Conseil fédéral adoptait un plan d’action, comportant des mesures supplémentaires. La politique active de protection de l’air menée les années précédant et suivantes a porté ses fruits : la qualité de l’air s’est constamment améliorée.

Smog au-dessus de la ville de Zurich, le mardi 31 janvier 2006 : Les poussières fines atteignaient de nouveaux records annuels au nord des Alpes, avec des pics presque trois fois supérieurs à la valeur limite. ©Keystone/Alessandro Della Bella)
Smog au-dessus de la ville de Zurich, le mardi 31 janvier 2006 : Les poussières fines atteignaient de nouveaux records annuels au nord des Alpes, avec des pics presque trois fois supérieurs à la valeur limite. ©Keystone/Alessandro Della Bella)
En raison de la forte pollution aux poussières fines, une limitation de vitesse a été introduite en février 2006 sur les autoroutes autour de Berne. ©Keystone/Monika Flückiger
En raison de la forte pollution aux poussières fines, une limitation de vitesse a été introduite en février 2006 sur les autoroutes autour de Berne. ©Keystone/Monika Flückiger

À ce jour, la pollution aux poussières fines a été réduite de moitié et le nombre de décès prématurés a baissé d’environ 60 % depuis 2005. Aujourd’hui, même s’il peut arriver que les valeurs limites soient dépassées, l’amélioration de la qualité de l’air est l’un des grands succès de la politique environnementale de la dernière décennie. En agissant attentivement et en employant systématiquement la meilleure technique disponible, il est possible de diminuer la pollution de l’air, ce qui implique des bénéfices considérables pour la santé.

En 2006, pour voyager en train, les billets s’achetaient principalement au format papier. La même année , les CFF lançaient leur billetterie en ligne, mais les débuts ont été laborieux.  Depuis, le quotidien de nombreuses personnes s’est largement numérisé : les billets de train s’affichent sur le téléphone mobile, les vêtements s’achètent sur internet, les rendez-vous chez le médecin ou chez le coiffeur se prennent en ligne, les journaux ne sont plus livrés dans les boîtes aux lettres, mais se lisent sur une application.

En 2009, les CFF faisaient la publicité de leur billetterie en ligne. Pour la première fois, les clients pouvaient sélectionner et acheter facilement des titres de transport via leur téléphone portable ou leur smartphone. ©Keystone/EQ IMAGES/Andreas Meier
En 2009, les CFF faisaient la publicité de leur billetterie en ligne. Pour la première fois, les clients pouvaient sélectionner et acheter facilement des titres de transport via leur téléphone portable ou leur smartphone. ©Keystone/EQ IMAGES/Andreas Meier

La numérisation comporte plusieurs avantages pour l’environnement : elle permet de faire des économies de matériaux, et de nombreux déplacements deviennent superflus, dans la mesure où l’on ne doit plus être présent partout physiquement. Par contre, le recours au numérique accroît la consommation d’énergie, ce qui contribue à l’émission de gaz à effet de serre.

Taxe sur le CO₂

Comme dans le domaine de l’air, des progrès ont aussi été réalisés dans celui du climat. Moritz Leuenberger, président de la Confédération et ministre de l’environnement en 2006, défendait l’introduction d’une taxe mondiale sur le CO₂ afin de lutter contre les causes et les conséquences des changements climatiques et faire payer les émetteurs de gaz à effet de serre où qu’ils se trouvent. La même année, le Parlement fédéral a adopté la taxe sur le CO₂, prélevée sur le mazout, le gaz naturel et le charbon.

Aujourd’hui comme hier, le recul des glaciers préoccupe les chercheurs. La masse des glaciers suisses a diminué d’un quart au cours des dix dernières années. Sur la photo : le glacier du Rhône en 2011. ©Keystone/Alessandro Della Bella)
Aujourd’hui comme hier, le recul des glaciers préoccupe les chercheurs. La masse des glaciers suisses a diminué d’un quart au cours des dix dernières années. Sur la photo : le glacier du Rhône en 2011. ©Keystone/Alessandro Della Bella)
Selon le réseau des relevés glaciologiques suisses, les glaciers suisses ont perdu environ 3 % de leur volume total, rien qu’en 2025. Le réchauffement climatique entraîne l’augmentation des risques liés au climat. Sur la photo : le glacier du Rhône en 2025. ©Keystone/imageBROKER/Robert Haasmann
Selon le réseau des relevés glaciologiques suisses, les glaciers suisses ont perdu environ 3 % de leur volume total, rien qu’en 2025. Le réchauffement climatique entraîne l’augmentation des risques liés au climat. Sur la photo : le glacier du Rhône en 2025. ©Keystone/imageBROKER/Robert Haasmann

La législation sur le climat a été renforcée ces 20 dernières années. L’objectif de zéro émission net à l’horizon 2050 est inscrit dans la loi sur le climat et l’innovation, et l’adaptation aux changements climatiques y est renforcée. La loi sur le CO₂ définit les mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et protéger le climat.

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de leur masse au cours des dix dernières années.

Les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites de 26 % par rapport à leur niveau de 1990, l’isolation des bâtiments a été améliorée et des chauffages respectueux du climat ont été installés. De l’électricité solaire est produite sur de nombreux toits, et l’industrie promeut les technologies propres. Ces progrès ne doivent toutefois pas faire oublier les efforts supplémentaires qu’il reste à fournir pour atteindre les objectifs de protection du climat fixés dans la législation suisse (mot-clé « zéro net 2050 »).

Les possibilités de se déplacer en transports publics se sont nettement améliorées ces 20 dernières années. Le réseau a été étendu et l’horaire cadencé s’est affiné. Le tunnel du Lötschberg a été ouvert et le tunnel de base du Saint-Gothard, ce qui a permis de réduire les temps de trajet. De plus, la circulation routière a vu le nombre de voitures électriques augmenter progressivement.

De même, la technologie solaire s’est démocratisée durant les deux dernières décennies. Il est devenu plus intéressant, pour les particuliers également, de chauffer leur eau ou de charger leur voiture électrique grâce à l’énergie solaire produite sur leur propre toit. Enfin, des projets d’agri-photovoltaïsme ont vu le jour, combinant, sur une même parcelle, la production d’électricité renouvelable et la production agricole sous abri. Les installations solaires intelligemment planifiées ne menacent pas la biodiversité, et peuvent, dans le meilleur des cas, même la promouvoir.

Exemple d’agri-photovoltaïsme : Des pommes poussent sous une serre ouverte, dont le toit est équipé de panneaux solaires laissant passer la lumière. ©Keystone/LAIF/Paul Langrock
Exemple d’agri-photovoltaïsme : Des pommes poussent sous une serre ouverte, dont le toit est équipé de panneaux solaires laissant passer la lumière. ©Keystone/LAIF/Paul Langrock

Bouquetins et revitalisation

Symbole d’une réintroduction réussie un siècle auparavant, le bouquetin était élu animal de l’année 2006. Aujourd’hui, nous avons la chance d’apercevoir à nouveau des bouquetins lors de nos randonnées. Ces 20 dernières années, d’importants instruments pour la protection de la diversité des espèces ont été adoptés : d’abord la Stratégie Biodiversité Suisse du Conseil fédéral, puis les plans d’action correspondants, avec des mesures concrètes.

Bouquetins dans l’Alpstein (AI). Les bouquetins ont été réintroduits il y a 120 ans en Suisse. ©Keystone/imageBROKER/Robert Haasmann
Bouquetins dans l’Alpstein (AI). Les bouquetins ont été réintroduits il y a 120 ans en Suisse. ©Keystone/imageBROKER/Robert Haasmann

Aujourd’hui, on constate que les espèces communes progressent, tandis que les conditions restent difficiles pour les espèces spécialisées. En outre, la diversité des biocénoses recule. Les cours d’eau et leur diversité apportent une contribution précieuse. La révision de la loi sur la protection des eaux a permis de redonner une structure plus naturelle à plus de 260 kilomètres de cours d’eau dans le but de les revaloriser et de les mettre en réseau.

Embouchure revitalisée sur la promenade du lac à Küssnacht am Rigi (SZ) : Dans le cadre de ce projet, deux ruisseaux ont été remis à ciel ouvert sur une longueur d’environ 140 m, créant ainsi de précieux habitats pour la flore et la faune. ©Keystone/Alexander Dietz
Embouchure revitalisée sur la promenade du lac à Küssnacht am Rigi (SZ) : Dans le cadre de ce projet, deux ruisseaux ont été remis à ciel ouvert sur une longueur d’environ 140 m, créant ainsi de précieux habitats pour la flore et la faune. ©Keystone/Alexander Dietz

Ces dernières années, il est devenu de plus en plus évident que l’utilisation continue de ressources telles que l’eau, le sol ou le pétrole pour produire des objets que l’on finit par jeter n’était viable ni pour l’économie ni pour l’environnement. La surexploitation des ressources est devenue une préoccupation majeure. Les entreprises ont compris qu’il pouvait être moins coûteux de réutiliser des matériaux que d’en acheter de nouveaux. De nouveaux marchés et services ont vu le jour, et la popularité des produits plus durables s’est accrue.

Économie circulaire, au-delà du simple recyclage

Si des approches allant dans le sens de l’économie circulaire ont déjà été mises en place vers le milieu des années 1980, elles se sont toutefois longtemps limitées au recyclage essentiellement. Aujourd’hui, la notion d’économie circulaire comprend l’ensemble du cycle de vie des produits, des matériaux et des ouvrages. Elle consiste à utiliser, réparer, réutiliser et reconditionner ces derniers le plus longtemps possible, et à ne les recycler qu’à la fin de leur cycle de vie. Les milieux économiques et politiques ont reconnu le grand potentiel de l’économie circulaire et s’attellent à renforcer cette dernière afin de réduire la consommation de matériaux.

L’empreinte matérielle de la Suisse a diminué, tant en valeur absolue que par personne. Environ 15 % de la consommation totale de matériaux proviennent de la récupération. Les cycles des matières sont encore loin d’être bouclés, notamment dans les domaines de la construction de bâtiments et de routes, des emballages et des déchets urbains. Avec environ 670 kg de déchets urbains par personne, la Suisse se situe nettement au-dessus de la moyenne européenne. Afin de pouvoir réaliser des progrès supplémentaires, la loi sur la protection de l’environnement a été complétée, en 2024, par d’importantes mesures.

Espèces envahissantes

À l’ère de la mondialisation, les flux croissants de marchandises et de voyageurs favorisent l’introduction, souvent involontaire, d’espèces exotiques en Suisse. Ces dernières, à l’instar du scarabée du Japon ou du capricorne asiatique, occasionnent des dégâts aux arbres et à l’agriculture. Le moustique tigre s’est également propagé dans notre pays. Ces espèces dites envahissantes peuvent nuire à la santé des animaux et des êtres humains, causer des dommages économiques ou des pertes de récoltes, ou avoir un impact sur la biodiversité.

Tout foyer d’infestation par le capricorne asiatique doit être signalé dès qu’il est repéré, et des mesures de lutte doivent être engagées. ©Saskia Rosset/LUNAX/OFEV
Tout foyer d’infestation par le capricorne asiatique doit être signalé dès qu’il est repéré, et des mesures de lutte doivent être engagées. ©Saskia Rosset/LUNAX/OFEV

En 2006, l’OFEV publiait pour la première fois une vue d’ensemble des espèces envahissantes présentes en Suisse. Sur cette base, la Confédération a édicté des dispositions relatives à la gestion des espèces envahissantes, qui comprenaient une interdiction d’utilisation s’appliquant à certaines espèces particulièrement problématiques comme l’ambroisie élevée, la berce du Caucase ou encore le séneçon du Cap, toxique pour l’homme et le bétail. Il est interdit de planter, d’entretenir ou de remettre ces espèces.

Depuis 2016, la Suisse dispose d’une stratégie relative aux espèces exotiques envahissantes, laquelle a permis l’actualisation de la vue d’ensemble de ces dernières. Depuis 2024, l’interdiction d’utilisation a été étendue à davantage d’espèces. Une interdiction de mise sur le marché s’applique désormais à certaines espèces. Celles-ci ne peuvent donc être ni vendues, ni données, ni importées en Suisse. Des efforts sont actuellement déployés en vue de créer les bases légales permettant de renforcer la prévention et la lutte contre les espèces envahissantes. L’indicateur montre que ce renforcement est nécessaire.

Parcs suisses

En 2006, le Parlement posait le premier jalon d’une politique des parcs suisses en adoptant une révision partielle de la loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage qui habilite la Confédération à reconnaître et à promouvoir les parcs d’importance nationale. Deux décennies plus tard, la Suisse compte 19 parcs en plus de son Parc national, lesquels occupent une surface de 6055 km², soit près de 15 % du territoire. Grâce à cet instrument, 233 communes et 330 000 habitants s’engagent en faveur de la promotion de la nature et du paysage.

Le parc naturel du Gantrisch porte le label « Parc » depuis 2012. ©Suisse Tourisme/Ivo Scholz
Le Gantrisch porte le label «Parc naturel régional» depuis 2012. ©Suisse Tourisme/Ivo Scholz

Mesures contre le bruit

Ces 20 dernières années, les mesures de protection contre le bruit à la source a été fortement développé, et l’exposition de la population aux nuisances sonores a été réduite. Le programme d’assainissement du bruit ferroviaire, mis en œuvre par la Confédération, a inclus la transformation du matériel roulant et l’interdiction des wagons de marchandises particulièrement bruyants sur le réseau ferroviaire suisse. Concernant le bruit routier, la convention conclue avec les cantons en 2008 a largement porté ses fruits. Elle a notamment permis de promouvoir la pose de revêtements phonoabsorbants.

Empreinte écologique de la Suisse

Aux yeux de la société et de l’économie, un environnement intact est de plus en plus considéré comme un élément central du bien-être. L’utilisation durable des ressources naturelles est un facteur économique qui gagne en importance. Tout comme ses voisins, la Suisse est confrontée à des mutations et à des défis majeurs dans le domaine de l’environnement. La politique environnementale a été adaptée par étapes, ce qui a permis de progresser en faveur de l’environnement. Des études commandées par l'OFEV montrent que l'impact environnemental global de la Suisse a diminué depuis l'an 2000.

Mais il reste encore beaucoup à faire pour ramener cet impact à un niveau compatible avec la nature. En outre, de nouvelles problématiques voient le jour, et les défis existants s’accentuent, par exemple dans le domaine des sites contaminés. Si près de la moitié de ces sites dangereux pour l’environnement ont été assainis, mais d’autres sites, notamment ceux contaminés par des PFAS, viendront s’ajouter à la liste. Les investigations les concernant ne font que débuter, et les responsables politiques ont encore du pain sur la planche.